ZONE BLEUE: Privilèges et complaisances multiples
Quand on est en voiture
à l'intérieur de la ville de Tunis, chaque automobiliste fait quotidiennement
une course contre la montre pour pouvoir se garer. Chacun cherche bien sûr à
mettre son véhicule dans un endroit le moins éloigné possible de son lieu de
travail, ou le rapprocher le plus possible de là où il va.
Après la disparition des fameux sabots, les horodateurs ont été mis en place
pour réguler le flot des stationnements, éviter les abus, et faire rentrer
quelques écus dans la cagnotte publique.
La réalité est loin d'être aussi limpide. Question stationnement, il suffit de
se promener dans quelques rues du centre ville, pour se rendre compte des
privilèges accordés à certains, des passe-droits scandaleux, de l'incivisme
caractérisé devenu ordinaire. Et les exemples viennent souvent de ceux qui
doivent normalement donner l'exemple !!!!
La ronde des camions-grues, spécialement conçus pour embarquer à la fourrière
les voitures mal garées ou n'ayant pas payé le droit de stationner, commence
très tôt. Vers huit heures et quart, leurs silhouettes caractéristiques
sillonnent la ville déjà. De bonne foi, un citoyen ordinaire dirait qu'il est
évident d'embarquer tout véhicule contrevenant, pour stationnement interdit,
gênant, dangereux, ou n'ayant pas payé la redevance horaire. Eh ! Bien, il
suffit de suivre le mouvement, d'arpenter un certain nombre de rues du
centre-ville pour découvrir qu'il y a énormément d'indulgences, de complaisance,
de privilèges, de passe-droits.
Autour du marché central d'abord. Essayez de passer en voiture, entre dix et
treize heures, rue d'Espagne, rue du Danemark, rue de Suède, rue Charles De
Gaulle même. C'est plus qu'une épreuve, il faut avoir les nerfs solides et être
absolument obligé d'emprunter cet itinéraire. Et regardez bien sur les tableaux
de bord des voitures stationnées : aucun ticket d'horodateur, où vraiment
exceptionnel !!!! Nous serions curieux de voir les statistiques donnant le
nombre de voitures mises en fourrière ces deux derniers mois dans ces trois ou
quatre rues citées !!!! La même chose rue Al Djazira. Qui viendrait déranger les
voitures de louage algériennes et libyennes stationnées des deux côtés de la rue
?? Rue de Hollande, rue passante s'il en est, déversoir des gares vers le
centre, avec une ligne de métro, pourtant il y a souvent des voitures garées SUR
les deux trottoirs, à quelques mètres de l'Ambassade de France !!! . Que doivent
faire les piétons, sinon slalomer entre les véhicules ? Qui viendrait emmener à
la fourrière de la rue de Yougoslavie les véhicules alignés rue Ibn Khaldoun et
même avenue de Carthage ?? Parfois un autocollant vous avertit que si vous
êtes toujours là dans une demi-heure la voiture sera emmenée en fourrière. J'ai
fait l'expérience avec un ami commerçant du coin, vendredi dernier.
L'autocollant fut mis à 10h25 rue Ibn Khaldoun. A 13h 30 toujours personne
!!!!!! Les commerçants ont-ils un privilège spécifique ?? La petite ruelle
Mohamed Aziz Taj, qui relie les deux rues précédemment citées sert de garage
permanent alors que le stationnement y est strictement interdit. Le camion-grue
ne passe jamais par ces ruelles si étroites. L'immunité totale pour les
bénéficiaires.....
De l'autre côté de l'avenue Bourguiba, rue Bach Hamba, il y a beaucoup
d'espace réservé à des quotidiens de la place. Rue Sayf Eddawla, qui longe
l'ex-lycée Carnot, rue d'Alger : le même spectacle désolant de voir des «
gardiens » installés au su de tous, vous proposer des places et vous dire de «
ne pas vous inquiéter, la voiture de la fourrière ne ramasse pas les véhicules
ici », en contre partie de quelques pièces, bien sûr. Rue Al Kadissiya, des
voitures bouchent entièrement la ruelle (voir photo). Le vendredi 30 novembre
à midi trente, il y avait six voitures, dont une grosse camionnette blanche
propriété de l'importante banque qui fait le coin. Il est impossible à un
fauteuil roulant de passer par là.. On n'ose imaginer un cas de force majeure,
incendie, ou évacuation d'un blessé ou d'un malade. Comment feraient les
pompiers ou les ambulanciers pour arriver à la personne habitant dans cette
rue à tel étage ? Qui assumerait la responsabilité d'une éventuelle conséquence
néfaste due à ce retard?? Bien sûr, chaque administration va se défiler......
Là aussi pas de ticket d'horodateur en vue. Pourtant, deux agents de la
circulation sont présents à chaque carrefour du centre-ville, et personne ne
fait appel au camion grue pour embarquer ces voitures !!!!
La rue d'Alger
Le comble, rue d'Alger : des voitures garées sur le trottoir, juste en face
du Ministère de la Femme et de la Famille, y compris le dimanche !!! Des
voitures portant plaque minéralogique blanche !!! Comment se permet-on de
boucher ainsi les trottoirs, espace strictement réservé aux piétons ? Comment
vont faire les écoliers, les femmes enceintes ou avec bébé dans une poussette,
les personnes âgées, les handicapés, tous les usagers vulnérables ou impotents
pour circuler ?? Ils sont donc obligés d'utiliser la chaussée, avec tous les
dangers et la possibilité de chutes, d'accidents, etc. Comment, personne de ces
messieurs-dames-fonctionnaires-importants du Ministère, qui voient tout cela de
leurs bureaux, ne soulève la question et n'attire l'attention de ses
subordonnés?? Ce Ministère a bien sûr un espace réservé pour son parc, et
les fonctionnaires ou les employés n'ont pas à squatter les trottoirs, lieux
publics, qui appartiennent à tous les citoyens, et même stationner en
contresens au coin de l'avenue Bourguiba !!!! Pourtant les directives venant
du sommet de l'Etat insistent bien sur la lutte contre les abus de pouvoir et
les privilèges qui n'ont pas lieu d'être, qui portent atteinte aux droits du
citoyen de circuler sans entraves, et qui ternissent l'image des
administrations et des responsables aux yeux du contribuable. Bizarre tout
cela. Pourquoi faire ces horodateurs si seulement une partie des citoyens paie
la redevance de stationnement demandée ?
Allez un peu plus loin, rue de Rome. Stationnement de grosses cylindrées
devant le bâtiment du Contrôle Général des Finances, sur le trottoir là aussi,
malgré la place réservée à « LA » (!!!!) Comité du Contrôle.... De la même
façon, rue des Tanneurs, des voitures sont stationnées verticalement alors que
la plaque interdit strictement tout stationnement. Et là aussi, malgré
l'existence de la zone bleue, personne ne paie, et pas de voitures en
fourrière. Des exemples comme celui là, il y en a des dizaines. Où est
l'égalité des citoyens devant la loi ??
Au fond de l'avenue de Paris, les trottoirs servent de parking à quelques
privilégiés, et de grosses berlines se permettent même de stationner de biais,
une façon d'enjamber le trottoir en y mettant juste une roue. Une façon d'être «
top in », paraît-il. Pourtant les camions -grues y passent tant de fois par
jour.........et enlèvent quelques voitures mal garées, mais jamais celles-là.
La galère des riverains
Comment fait donc un citoyen lamda, demeurant au centre ville et propriétaire
d'une voiture pour la garer ou simplement la laisser devant son immeuble ?
Doit-il payer douze heures de stationnement à quatre cents millimes l'heure, en
étant obligé de descendre toutes les deux heures pour repayer et mettre en
évidence un nouveau ticket ?? Et dans le cas d'une absence ou simplement d'une
incapacité momentané à se déplacer, doit-il laisser sa voiture être embarquée à
la fourrière avec tous les frais de gardiennage en sus ?? Beaucoup me disent le
marathon matinal qu'ils sont obligés de faire tous les jours : ils doivent
démarrer vers sept hures du matin, et aller poser leurs voitures de l'autre
côté du pont autoroutier, vers la Douane, vers le TGM, là où il n'y a plus de
zone bleue. Et aller la récupérer en cas de besoin, qu'il vente où qu'il pleuve.
Et en cas d'urgence, à quoi leur sert cette voiture, si elle n'est pas à portée
de main. Alors qu'ils voient tous les passe-droits, tous les abus, toutes les
indulgences, décrites plus haut. D'autres utilisent les ficelles connues : garer
la voiture dans ces rues ayant une sorte d'immunité, mais se débrouiller pour ne
pas la mettre en tête ou en queue de file. Au milieu, elle ne risque rien. En
plus, il suffit de la faire « laver », de temps en temps, par le « gardien »
local pour être sûr de la totale impunité.
Pourquoi ne pas fournir aux habitants du centre ville, propriétaires
d'un véhicule, une sorte de vignette, ou un autocollant, qu'on mettrait bien en
évidence sur le pare-brise, délivré par les autorités de tutelle, sur
présentation d'un acte de propriété ou d'un contrat de location, autorisant le
riverain à stationner dans la rue où il demeure sans payer de redevance horaire,
comme c'est le cas pour beaucoup de véhicules dépendant d'administrations ??
Ce serait faire vraiment preuve d'équité.
Dossier de Fatah Thabet:
journal le Temps du 3 décembre 2007.
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